Attractivité des métiers du "cure" et du "care" : problématiques et leviers

Dernière mise à jour : 6 oct.



Mis en place au sortir de la deuxième guerre mondiale, notre système de santé a été pensé pour répondre aux besoins de cette époque, qui relevaient fondamentalement de "l’aigu" : traumatologie, maladies infantiles graves, etc.


Mais les besoins ont progressivement changé au cours des trente glorieuses. Longtemps hospitalo-centré, le système de santé a engagé depuis près d’une décennie un virage domiciliaire, avec un double objectif :


1) Répondre aux transitions démographiques et épidémiologiques

  • Les pathologies chroniques liées au vieillissement, en augmentation constante, nécessitent des parcours de santé domicilo-centrés, socialement préférables et économiquement plus soutenables (i) ; on parle ici d'adaptation à la transition démographique

  • Ce phénomène est amplifié par l’augmentation de la part des pathologies chroniques dans notre population, s’instaurant à la suite de situations aigues traitées de plus en plus souvent avec succès ; on parle ici d'adaptation à la transition épidémiologique (ii).

2) Rendre aux urgences hospitalières leur fonction de prise en charge des situations vitales et renforcer la capacité de l’offre hospitalière à répondre à de nouvelles pathologies :

  • Notre système hospitalier fournit malgré lui de très nombreuses journées d’hospitalisation inappropriées (près de deux millions en 2012). Inappropriées car palliant un défaut de réponse adaptée en ambulatoire.


Le virage domiciliaire en cours doit notamment permettre d’éviter les ruptures dans les parcours de santé et limiter ainsi les pertes de chances liées à des complications évitables.


Il peut être illustré par la mise en place de plusieurs dispositifs :

  • les Dispositifs d’Appui à la Coordination des parcours (les DAC),

  • les Services d'Accès aux Soins (SAS),

  • les Services Polyvalents d’Aide et de Soins A Domicile (SPASAD, mis en place il y a quelques années), et prochainement les Services Autonomie à Domicile (SAD), l'un comme l'autre intégrant dans une organisation unique les Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (SAAD) et les Services de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) ; avec la promesse d’assurer - de façon combinée et constamment ajustée - les actes relevant du cure et du care permettant le maintien à domicile de personnes "non hospitalo-requérantes".

Dans cette perspective, inverser la courbe de la perte d’attractivité des métiers du cure et du care devient un enjeu majeur pour que cette transformation essentielle aboutisse.


Mais qu'entend-on par ces deux mots ? Nous faisons nôtre la définition proposée par le professeur Jean-Daniel Lalau : "La maladie implique le soin, au sens commun du traitement curatif ; c’est le cure. [...] Mais la maladie chronique, par définition, n’est pas curable. Aussi le sujet malade nécessitera-t-il toujours que l’on prenne soin de lui, de sa personne ; que l’on ait à son égard le « souci de ». Une telle attention, c’est le care."


Dans un prochain article, nous poserons quelques constats sur la perte d'attractivité de 2 métiers importants du cure et du care - infirmière et aide-soignante - et évoquerons quelques leviers à la disposition des pouvoirs publics. Puis nous aborderons le métier d'auxiliaire de vie sociale.


(i) Ce qui n’exclut pas, bien entendu dans ce parcours de santé, le recours à l’hôpital.

(ii) Dit de façon triviale, nous survivons plus à certaines de nos pathologies aigues et nous vivons globalement plus longtemps que nos ascendants, mais pour une part d’entre nous, nous restons porteurs de pathologies chroniques nécessitant un suivi et des soins ambulatoires.