L’organisation de la protection de l’enfance cherche encore son équilibre dans de nombreux départements

Les grandes orientations de la politique de l’enfance en France ont été posées bien avant l’an 2000 même si de fortes mutations du cadre législatif et des modes d’interventions sont intervenus au cours de ces 10 dernières années (lois du 5 mars 2007 et du 14 mars 2016).
Les grands principes sont bien posés et le plus souvent partagés, dans les schémas départementaux, autour de la nécessité de renforcer la prévention, de diversifier les modes de prise en charge et la volonté de maintenir les liens, autant que faire se peut, entre l’enfant et sa famille.

Pour la mise en œuvre de ces principes, un large consensus est constaté concernant l’impératif de la coordination des acteurs et d’homogénéité du service rendu, l’instauration de projets d’intervention personnalisés (PPE) et le besoin de proximité avec les usagers.

Pourtant les professionnels au sein des services départementaux sont souvent en difficulté pour répondre aux enjeux majeurs posés par la politique publique de Protection de l’Enfance. Le climat social est souvent sensible avec un malaise global exprimé fréquemment dans les équipes ASE.

Cette difficulté est bien entendue en grande partie liée à la complexité des prises en charge, à l’explosion du nombre de situations embolisant le dispositif telles que l’augmentation des Informations Préoccupantes, la question des Mineurs Non Accompagnées ou la répartition inégale des moyens d’accueil sur les territoires.
Mais cette difficulté contextuelle est bien souvent renforcée et cristallisé par un déficit de projet collectif, un management diffus et une absence de dynamique d'ensemble.
La mise en œuvre de la mission de protection de l’enfance repose en effet sur une grande diversité de personnels dont le cadre de travail, le métier, le rattachement hiérarchique et la perception des priorités sont très différents.
On constate souvent une discontinuité dans l’action des services avec des enjeux émotionnels et la conception même de la mission, des priorités et des bonnes pratiques qui diverge fortement entre les communautés et au sein même des communautés professionnelles.
Chaque catégorie de professionnel se sent un peu seule face à son approche des enjeux, des solutions et de la place de son métier dans la chaine de la protection de l’enfance : place de la prévention, importance donnée au travail global sur la famille, à la dimension santé, au travail pluridisciplinaire…
C’est pourquoi en complément du travail sur les fondements de la politique publique de la protection de l’enfance dans le cadre du schéma départemental de la Protection de l’Enfance, il faut porter une attention égale à la réflexion, la mise en commun et l'échange sur les fonctionnements collectifs dans le cadre d’une démarche d'amélioration continue. L’objectif est ici de créer les conditions d'une préhension équilibrée et convergente entre les différentes pressions et les différentes compétences, au siège comme dans les territoires, afin d’améliorer le fonctionnement général et les pratiques professionnelles en permettant de progresser sur la transversalité, les équilibres central/local, la circulation de l’information et la lisibilité des circuits de décision.
Dans ce type de démarche, il ne faut jamais perdre de vue que l’aide sociale à l’enfance relève essentiellement du domaine de l’humain et qu’elle induit pour les professionnels une implication extrêmement forte et personnelle. L’accompagnement du changement et la prise en compte de l’humain, dans ses différentes facettes, est donc ici encore plus qu’ailleurs une absolue nécessité.

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