L’attractivité des métiers d’infirmièr(e) et d’aide-soignant(e)




Un déficit de main-d’œuvre qui s’est accru avec la crise sanitaire liée à la Covid-19


En France, dans l’ensemble des secteurs d’activité, 355 400 emplois sont vacants au 2nd trimestre 2022. Cependant les situations varient d’un métier à l’autre.

« Alors qu’au sein des services, cela relève [ndlr : principalement] d’une inadéquation entre les profils des demandeurs et les besoins exprimés par les employeurs, pour les aides-soignant(e)s et les infirmier(e)s, les tensions résultent d’abord d’un déficit de main-d'œuvre disponible. »*

Ainsi si « la baisse des tensions concerne presque tous les métiers […], pour les aides-soignant(e)s et infirmier(e)s, le déficit de main-d’œuvre s’est accru avec la crise sanitaire. »*


Les aides-soignant(e)s et infirmier(e)s sont respectivement aux 55ème et 35ème rangs des métiers en tension en 2020. Ils font partie des rares métiers pour lesquels le nombre de projets de recrutement et la tension augmentent entre 2019 et 2020 dans le prolongement d’une tendance amorcée en 2016.



« L’exercice des métiers d’aides-soignant(e)s et d’infirmier(e)s nécessite des compétences et formations spécifiques, [de plus], les conditions de travail y sont légèrement plus contraignantes que dans l’ensemble des métiers. Ces deux facteurs conjugués expliquent en grande partie le manque de main-d’œuvre disponible alimentant les tensions sur le marché du travail. »*


*Source la DARES : La Dares est la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion.




3 pistes pour renforcer l’attractivité des métiers



1. La rémunération


Depuis l’entrée en vigueur du Ségur de la santé, le salaire mensuel moyen des infirmier(e)s en France est de 1 827 €. En début de carrière, le salaire mensuel moyen est de 1 513 € et peut atteindre 2 500 € en fin de carrière.

La prime infirmière ou prime Veil d’un montant de 90 € mensuels est quant à elle facultative et proposée par le directeur d’un service hospitalier au titre des missions particulières auxquelles sont confrontées les infirmier(e)s.

En terme de rémunération des infirmier(e)s, la France se classe 22ème sur la liste des 33 pays de l'OCDE.


Piste n°1 (de la compétence de l’état en lien avec les partenaires sociaux) : faire évoluer à la hausse les rémunérations des IDE et des Aides-soignant(e)s dans le cadre d’un plan de rattrapage pluriannuel pour que celles-ci rejoignent le top 10 européen.



2. La formation d’Aide-soignant(e) et la VAE


Entre 2012 et 2017, le nombre de candidatures aux concours d’entrée des Instituts de formation des aides-soignant(e)s IFAS- a diminué de 25 %. En réponse, depuis septembre 2020, les Instituts de formation des aides-soignant(e)s (IFAS) recrutent leurs étudiants sur dossier et non plus sur concours.


En 2020 le nombre de demandeurs de VAE- vecteur important pour la formation d’aide-soignant(e), a diminué de 25 %. Diminution à laquelle s’ajoute celle du nombre de personnes qui finalement se sont présentées devant un jury (-18% par rapport à 2019).


Piste n°2 : Accélérer la réforme de la VAE.

Les résultat d’une première expérimentation de réforme de la VAE, sur le secteur du grand âge sont probants : sur une durée moyenne de 4 mois contre 16 dans les parcours de droit commun, 86% de la cohorte a obtenu une validation totale ou partielle de la certification visée, dont 62 % en totalité.

Il s’agit, sur la base de ces résultats, de réformer le dispositif de VAE pour, tout en préservant l’exigence et la qualité de la preuve des compétences détenues :

  • définir des parcours plus simples et plus lisibles,

  • réduire les délais de la certification dont la longueur actuelle est une des principales causes d’abandon,

  • simplifier les démarches administratives.


3. La durée d’exercice du métier d’IDE


Il n’existe pas en France de réelles statistiques sur la durée d’exercice des métiers d’IDE et d’Aides-soignant(e)s, et les rares données dont nous disposons sont relativement anciennes, ou ne bénéficient pas d’un recul suffisant.

Ce genre de données statistiques existent pourtant dans d’autre pays, comme en Angleterre. A partir de celles-ci, le National Health Service (NHS) fait le constat que chaque année 33 000 IDE, soit 10 % des effectifs totaux, quittent définitivement le métier. De plus, la majorité de ceux qui quittent ce métier ont moins de 40 ans, et seulement 1/5ème ont plus de 55 ans, âge auquel un infirmier britannique peut prétendre à une retraite complète.

En France, l'âge moyen des infirmier(e)s en activité au 1er janvier 2020 est de 45 ans. Il était de 40,3 ans en 2010.


Piste n°3 : améliorer la qualité de vie au travail

  • En reconnaissant réellement la pénibilité du travail, en particulier en adaptant l’activité des jeunes parents et des fins de carrières pour que ces professionnels puissent avoir une vision à long terme, tout au long des différentes étapes de leur vie professionnelle et que celles-ci soit en harmonie avec leur vie personnelle.

  • En incluant pleinement les IDE et paramédicaux dans la gouvernance des établissements et des services (hospitaliers comme ambulatoires) en particulier par des démarches de co-construction des projets de soins et un management participatif.



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En guise de non-conclusion, un point de vigilance : la forte inégalité de la densité territoriale des IDE (en particulier libéraux).


Sur l'ensemble du territoire national (métropolitain et ultramarin), il y a en moyenne 10,8 infirmier(e)s pour 1000 habitants. Mais avec de grands écarts entre territoires.

Pour les IDE libéraux, la densité moyenne est de 142 pour 100 000 habitants, avec une densité maximale de 353 en Haute-Corse et minimale à 53 pour la Seine-Saint-Denis.

Ces écarts ne recoupent pas complétement des différences de besoins mais traduisent également de fortes inégalités d’accès aux soins ambulatoires.

Sans prise en compte, cet état de fait ne peut que s’amplifier ; pour cela les régions, compétentes pour définir et mettre en œuvre la politique de formation du secteur sanitaire et les ARS, doivent identifier dans leurs schémas régionaux respectifs, l’adéquation entre les besoins et l’offre de services et définir de concert, en synergie, les politiques permettant de les ajuster au niveau requis.