Interopérabilité des SI dans le médicosocial : pourquoi / comment les CD doivent-ils se mobiliser ?

Virage domiciliaire et transformation numérique du secteur médicosocial

Afin que la transformation numérique en cours facilite le virage domiciliaire que chacun appelle de ses vœux, elle doit prendre en compte 3 exigences : l’éthique, la sécurité et l’interopérabilité.

Si tout un chacun mesure bien les enjeux liés à l’éthique et à la sécurité, il n’en est malheureusement pas toujours de même pour l’interopérabilité. En effet, tout le monde convient que pour permettre une circulation rapide et facile des nombreuses informations utiles aux acteurs impliqués dans le bien vieillir à domicile, il est nécessaire de développer l'interopérabilité entre les outils utilisés par chacun. Mais développer l'interopérabilité est une œuvre de longue haleine qui demande de l’implication et de la persévérance, au sein d’un collectif d’acteurs dont chacun a une légitimité particulière.

Il y a les acteurs auxquels on pense naturellement : les organismes internationaux de normalisation, l'État à travers son rôle régalien, les porteurs d'usage qui expriment les besoins et les porteurs de solutions qui les traduisent dans les systèmes qu'ils développent et commercialisent. Dans le secteur médico-social, ces rôles sont assurés pour ce qui concerne l'État par l'agence du numérique en santé et pour ce qui concerne les porteurs d'usage et de solutions par des groupes de travail thématiques qui se réunissent sous l’égide de cette agence ou d’associations de standardisation, comme l’association EDESS par exemple.

Et puis il y a des acteurs qui, tout en disposant d'une très forte légitimité, sont toujours oubliés dans ce vaste chantier du développement de l'interopérabilité : les Départements. En quoi les Départements sont-ils légitimes pour faire avancer ce sujet ? Pourquoi sont-ils absents de ces travaux ? Pourquoi et comment les Départements doivent-ils désormais se mobiliser ?


Légitimité des Départements

Pourquoi les Départements sont-ils légitimes ? Le Département est le chef de file en matière d’autonomie des personnes et de solidarité des territoires. C'est la collectivité qui connaît très bien le terrain tout en ayant un accès direct aux services de l'État ; c'est aussi la collectivité qui peut faire le lien entre l'urbain, le périurbain et le rural ; c'est enfin une collectivité mature qui depuis plus de 30 ans favorise l’innovation dans le social, comme en atteste notamment les programmes des congrès annuels des différentes associations professionnelles du secteur (ANDASS, ACTAS, UNCCAS, ODAS, etc.).


Des Départements absents des grands chantiers de l’interopérabilité

Alors pourquoi les Départements sont-ils si absents des travaux concernant l'interopérabilité ? Nous y voyons principalement deux raisons. La première, c'est que les Départements ont trop tendance à considérer que l'interopérabilité est un sujet purement régalien. La deuxième raison est que jusqu’à un passé récent, ces questions n'étaient pas un sujet de coopération entre les Départements. Or pour peser, il faut désormais coopérer, les alliances interdépartementales sur d’autres sujets le montrent bien.


Les Départements doivent se mobiliser maintenant

Pourquoi concrètement les Départements doivent-ils désormais se mobiliser en matière d’interopérabilité ? Quels sont les chantiers prioritaires d’interopérabilité auxquels ils doivent s'intéresser dans le cadre du virage domiciliaire ?


Plus d’interopérabilité, c’est plus de simplicité dans les démarches, c’est plus de réponses pertinentes aux besoins, c’est plus de réactivité dans la mise en place des services, c’est plus de coordination quand celle-ci devient nécessaire. Et après tous ces plus, un moins : c’est moins de coûts de gestion.


Pour cela il y a plusieurs chantiers prioritaires pour la standardisation des échanges de données

1. Le rapprochement offre / demande sur un territoire

  • L’enjeu : rendre lisible l’ensemble des solutions participant au soutien à domicile, permettant de vivre mieux et plus longtemps chez soi

  • Les informations à faire circuler : les besoins, les solutions - y compris quand elles sont commerciales, artisanales ou bénévoles

2. Le retour à domicile suite à une hospitalisation non programmée

  • L’enjeu : Accélérer la mise en place des soins et des aides permettant un retour à domicile dans de bonnes conditions et évitant la réhospitalisation en urgence

  • La mise en place d’une fonction de care manager est une première condition

  • Les informations à faire circuler : le résumé et les comptes rendus d'hospitalisation ; les prescriptions – qu’elles soient médicamenteuses, de soins infirmiers, de kinés, de matériel médical ; les aides à domicile nécessaires - portage de repas, aide-ménagère.

3. La télégestion des interventions à domicile


Comment les Départements peuvent-ils se mobiliser sur ces questions ?

Il s’agit tout d’abord de prendre conscience des enjeux liés à la standardisation des échanges de données.

Il s’agit surtout, pour chaque Département impliqué dans le virage domiciliaire, de créer dans son territoire un environnement favorable à la mise au point et au déploiement de nouveaux dispositifs de partage et d’échange d’information, entre usagers, aidants, professionnels des services à la personne, professionnels de l’aide, de l’accompagnement et du soin, bénévoles.

Il s’agit enfin d’investir les groupes de travail nationaux traitant de ces sujets, au lieu de pratiquer la politique de la chaise vide au risque de voir s’imposer les règles du jeu fixées par d’autres. Et de le faire en y embarquant les éditeurs et industriels qui sont déjà les partenaires des Départements dans les territoires.